THE BATTLE OF PHOTOMONTAGES

L’adéquation parfaite entre une actualité politique foisonnante, des réseaux sociaux déchaînés, et, il faut bien le dire, des militants particulièrement cons, nous permet d’assister à une autre forme de campagne politique : celle des photomontages. Ne niez pas, vous en avez tous vu sur Facebook, Twitter (non, pas Google Plus, ils ont pas fini le quinquennat de Sarkozy là-bas).
La chose serait beaucoup plus désuète si les internautes relayaient ce genre de conneries en tant que conneries, ou si leur seul but était de faire éclater à la face du monde leur talent sur Photoshop. Mais non, là est la gravité : la plupart sont persuadés de servir leur parti politique et les intérêts du candidat du second tour.
On peut même aller encore plus loin en soulignant une seconde gravité encore plus grave que la première gravité (déjà bien assez grave) : il se peut que ça marche. C’est grave. Même si personnellement, je pense que ça devrait être prohibé par le Code pénal.

Donc, grâce à ce joli concours de circonstances, je déclare ouvert le duel des photomontages ! Ce qui donne, en anglais, et, pour le plaisir de la mise en abyme, en photomontage pourri :

Parmi le panel de belles choses que m’offraient les réseaux sociaux, j’en ai retenu deux, une de chaque camp pour respecter le temps de connerie. Quoiqu’il ne soit pas encore établi qu’un tel montage soit un vrai avantage. Je commence d’abord par celle qui m’a le plus choqué : aussi inutile que débile, la critique photomontagée du CV de Jean Sarkozy.

Vous remarquerez que j’ai pris le soin de discrètement mettre en valeur les éléments importants de cette image – grâce à des formes géométriques particulièrement soignées.

  •  Alors d’abord : pourquoi Jean Sarkozy ? Je veux bien concéder qu’il a une tête représentative d’un certain électorat UMP, mais ce n’est quand même pas lui qui se présente.
  • Il a raté hypokgâgne, il a abandonné sa classe de prépa, et a mis 4 ans à avoir son DEUG de droit. D’accord. Et ça se passe comment pour tous ceux qui ne font pas d’études supérieures ? Ils valent autant, voire moins que lui ? La réussite scolaire et sociale n’est pourtant pas un critère de valeur pour le PS, aux dernières nouvelles.
  • La « dérogation de papa » et le « merci papa » insistent très finement sur le pistonnage dont a bénéficié Jean de son père. D’accord. Beaucoup de jeunes (diplômés ou pas) ont recours à ce genre de pratique pour trouver un travail, parce que « tu comprends, avec la conjoncture économique actuelleah… »

Au final, la seule information qui me paraît valable, dans le but de discréditer l’UMP est la moins mise en évidence : Nicolas Sarkozy occupe un poste pour lequel il ne semble pas remplir les compétences universitaires requises.
On peut alors conclure que niveau débilité, ce premier photomontage se hisse haut dans le classement du battle. Passons à la suivante.

Voici notre deuxième participant : un photomontage assez particulier. Au-delà de l’évidente parodie de l’affiche de campagne de Sarkozy – enfin, je crois, l’auteur a voulu ajouter une note humoristique d’actualité.

  • Oui, une note d’actualité morbide, sinistre. Mais après tout on s’en moque, Desproges nous a garanti qu’on pouvait rire de tout; qu’il valait mieux rire de la mort car elle, se riait sûrement de nous. On peut retenir que la métaphore du naufrage est pertinente, en ce qu’elle est bien mise en scène (l’uniforme de marin joue ici un rôle inimaginable).
  • Viens ensuite la vanne, qu’on peut qualifier d’aussi facile qu’évidente, sur le physique ingrat de François. Alors si une campagne présidentielle doit être un terrible champ de bataille où s’affrontent deux candidats sans la moindre pitié, reconnaissez-lui au moins ça putain : il a fait un régime. Ce montage nous apporte cependant une information essentielle : si l’on savait déjà que la hauteur d’un président déterminait la qualité de son mandat, on sait aussi désormais que la largeur en est un facteur déterminant. 
  • « La France molle ». Alors je sais pas vous, mais je trouve que ce sont justement ce genre de choses qui traduisent l’impuissance chronique du débat politique français.  Et si des personnes qualifient François Hollande de « mou », n’est-ce pas fait par analogie avec le président sortant, à qui pourtant on reproche sa nervosité ? Je ne comprends plus rien.

Le combat a été serré, chaque équipe a su tirer profit, à la fois des défauts de son adversaire, que de la propension de plus en plus flagrante de la politique française à ne plus ressembler à rien. Cependant, je pense que le premier photomontage gagne la palme d’or.
Tout ça pour bien évidemment vous faire comprendre que : 

J’en ai marre de vos montages à la con, et de vos débats politiques à deux balles qui les suivent.

 Faites comme les gens normaux : soit vous en riez, soit vous vous en foutez. Mais ne prenez surtout pas la connerie pour des lanternes.  

De la nécessité de l’anonymat du vote.

Je me suis longtemps foutu de la gueule des gens        qui se laissaient tenter par un article sur Facebook, jusqu’au jour où j’ai simultanément compris que ce que j’avais à dire ne tiendrait pas dans un statut, et que j’en avais marre de me répéter à toutes les personnes avec qui j’en discutais (oui parce que j’ai d’abord publié ce billet sur Facebook). Oui, politique. On nous matraque avec depuis des mois, mais je vous jure, ça ne prendra pas très longtemps, et c’est important. Ça parle d’ailleurs plus de vous que de politique, vous devriez être contents.

Lorsqu’on me demande pour qui je vais voter, je ne réponds pas. J’ai eu le droit à tout : insultes, pitié, spéculation, étonnement, et même une expertise psychologique. Mais trop peu de compréhension. Alors pour vous faire chier, je commence d’abord par répondre à votre réaction aléatoire qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit à l’anonymat du vote. Même si c’est très loin d’être faux, c’est encore plus loin d’être la raison principale.

Alors oui, vous vous sentez sûrement fiers de tomber sur le dos des électeurs qui votent FN, et pour les plus débiles d’entre nous, qui votent UMP, voire même tous les autres partis que le votre (j’espère que t’as compris que le débile est celui qui ouvre sa gueule). C’est cette réaction, aussi enracinée dans la culture franco-française bouillonnante, que tombée dans la logique médiatique – et humaine, qui me dégoute.

De manière pragmatique : si un parti politique prend part à l’élection présidentielle, c’est qu’il en a le droit. Et s’il en a le droit, il lui faut une marge de représentation, formée par leurs électeurs. Alors si la France estime qu’un mec a le droit de voter FN, et que ce même FN est légal, de quel droit toi, tu vas t’insurger parce que ton pote, vote FN ? Ce même pote, il te fait chier parce que tu manges, tu bois, tu marches ou tu chantes faux ? Un « bon bah ta gueule » de circonstance semble violemment s’imposer.

De manière plus individuelle, il n’y a pas besoin de faire du droit constitutionnel pour comprendre que le vote est certes la parole d’un peuple, mais avant tout un acte éminemment personnel. Comme tout acte personnel, il a ses raisons, ses racines, et mérite à ce titre le respect – ou au moins la politesse. Et le respect, c’est aussi le silence. J’assume totalement mes convictions, seulement voilà : ce sont les miennes. Je ne chercherai jamais à convaincre, descendre, ou encore admirer quelqu’un pour ses penchants politiques. Ce choix du silence ne m’empêche absolument pas de débattre, discuter et partager, mais j’estime qu’il représente une barrière au jugement hâtif et au lynchage systématique.

J’ai ce sentiment amer que mon vote n’intéresse que les personnes qui veulent s’en servir pour leur intérêt propre. D’une part, je ne pense pas que l’on fonde une conviction sur des appréhensions négatives de tous les autres partis politiques, et donc en procédant par élimination. Et d’autre part, je ne pense pas que c’est parce que je vote comme toi qu’on élèvera les cochons ensemble.

Il reste encore les personnes qui me répondent : « ça me permettrait de mieux te connaître ! ». Cet argument est justifié, et c’est sous son chef que j’ai craqué envers quelques personnes, que j’aime et en qui j’ai confiance. C’est vrai, mais à une résèrve près : j’essaie du mieux que je peux de ne pas voter pour ce que je suis ou ce que j’ai vécu, parce que je pense que c’est le vote rétrospectif, sentimental, qui conduit aux erreurs, et aux désastres. Je vote pour ce que j’estime être le mieux pour notre pays en crise.

Le débat de fond semble s’engager sur le terrain du respect, beaucoup trop labouré en ce moment. Mais je sens que Facebook va encore plus m’énerver. Ton statut « a voté », alors qu’on a cramé que tu étais à 600 kilomètres de chez toi, grâce à la magie de la géolocalisation, ça ne passera pas, sache le. Et comme dirait un grand homme : « si tu ne votes pas, tu fermeras bien ta gueule après. »

Paris, cette ville qui blase.

C’est dans le métro, à 20 heures, après quelques verres partagés dans le même bar avec les mêmes personnes, que cette réalité est venue pour la première fois me frapper avec autant de violence. De telle façon qu’il m’était alors impossible non seulement de la nier, mais de ne pas l’accepter.

Ce constat, que je tire alors d’un empirisme beaucoup trop immédiat, fait peu à peu son bout de route dans ma tête, qui lui forgea, à contre cœur, un argumentaire en béton armé, un bunker impénétrable. Cette sensation désagréable de voir grandir la chose que l’on souhaite au contraire voir faner, jusqu’à disparaitre sous le poids d’une vérité choisie.

Cette idée, culottée, n’a depuis ce jour plus aucune limite. Elle vient me piquer sans cesse, comme ce moustique qui choisit le moment si précieux de votre paisible assoupissement pour venir prendre votre sommeil. L’opportunisme en devient presque malsain.
C’est toujours dans ces instants, où tout se prête à te faire oublier, ou au moins à te distraire de cette vérité qui de fait de plus en plus pesante, qu’un simple mot, un simple geste, vient balayer tout ce travail superficiel de mise en quarantaine.

Et pourtant, la brutalité de ce constat n’a d’égale que mon éternelle indifférence à son égard. Parce qu’il parait qu’on est comme ça. Si il y avait un rapport de proportionnalité à y établir, il serait facile : plus le problème est grave, plus mon implication à le résoudre est futile. Ce n’est pas l’idée en elle même, mais la danse menée sans relâche par cette dualité, qui un jour me terrassera.

Faut-il avoir la force d’accepter, mais aussi de combattre, pour se sentir vivre.

Alors voilà: je mange trop au Macdo, et j’ai quelques kilos en trop.

Mis à pied pour 6 melons glanés. Et après ?

Ces derniers jours, rares et chanceuses sont les personnes qui n’ont pas entendu parler de cette histoire tragique. Cet employé de Monoprix, mis à pied après avoir voulu prendre des melons déposés dans une des poubelles du magasin.
Je dois avouer que les proportions prises par ce fait divers, d’un point de vue médiatique et émotionnel, m’ont dépassé. Et une telle sentimentalisation à la française ne révèle pour moi qu’une simple erreur d’appréciation.

Les faits sont là, Kader a été surpris fouillant dans les poubelles du magasin de distribution afin d’en retirer les six melons, et quelques salades, à des fins personnelles, pour nourrir sa famille, selon ses explications.
Et effectivement, si on s’en tient à ce court discours, il y a de quoi s’indigner. Issu moi même de la génération qui a grandi avec les Walt Disney, les comtes moralisateurs à souhait, et les parents qui tapaient encore sur les doigts lorsque tu jouais avec la nourriture, je ne peux pas rester indifférent face à une telle inhumanité.

Seulement voilà, je ne suis pas fan de l’emballement médiatique et populaire, et encore moins lorsque celui-ci est précipité. Car il me semble ici que l’on confond, au sens stricte du terme, trois problèmes distincts. On superpose trois questions différentes afin d’en faire un joli titre de une, et faire couler de l’encre. Il y a d’un côté la décision de Monoprix de jeter ses produits lorsqu’ils ont dépassé leur date de péremption, d’un autre côté, la déclaration de Kader, et enfin, la décision de Monoprix de le mettre à pied.

De la décision de Monoprix de jeter ses produits périmés.

Cette décision trouve son fondement assez facilement, lorsque l’on fait l’effort de l’isoler du reste de l’affaire. En effet, après plusieurs discussions sur le sujet, ce qui semble choquer la société, ce n’est pas seulement le fait que Kader aurait pu être licencié (car à l’heure où j’écris, ce dernier a déjà retrouvé son travail), mais aussi et surtout le fait que Monoprix « gâche », « gaspille », dans ces temps de crise où la faim se fait de plus en plus sentir.
D’ailleurs, ce système vaut pour la plupart des établissements touchant de près ou de loin à l’alimentation, comme les restaurants, ou les cantines.

Ce système a donc un fondement social rationnel fort, qui est celui de  ne pas mettre en danger la population en revendant ou en donnant de la nourriture périmée. Et lorsque l’argument du « et les associations alors ? Et les gens qui crèvent la dalle ? » est avancé, je ne peux pas m’empêcher de penser que le besoin des personnes n’a jamais été une justification à leur mauvais traitement, et que la moralité inhérente à chaque homme devrait normalement nous interdire de faire circuler de la nourriture avariée, et que la dignité de ces personnes devraient leur interdire d’y toucher.
Mais au-delà de ce débat d’éthique, qui je suis sûr, n’emporte pas la majorité, c’est surtout dans un souci sanitaire, tout le monde l’aura compris, que de telles mesures sont mises en place.  Les conséquences humaines et juridiques, le cas échéant, seraient trop lourdes.

Mais comme c’est un père de famille, un travailleur honnête qui gagne 1000€ par mois, on a le droit de l’intoxiquer, et d’oublier les mesures de protection qui valent pour les autres.

De la déclaration de Kader.

Dans l’interview relayée par BFM, et dans la plupart des articles rédigés sur le sujet, les propos retranscrits témoignent de la volonté de Kader de conserver à des fins personnelles le melon, afin de nourrir sa famille dans le besoin.

Pour les raisons évoquées plus haut, le règlement intérieur de Monoprix, qui s’applique à l’ensemble de ses employés, sans distinction du nombre d’enfant ou du salaire, il est interdit de se servir dans les poubelles du magasin.
Ce règlement, et la politique générale en matière de nourriture périmée, a aussi une justification adjacente à celle déjà expliquée: empêcher les personnes mal attentionnées de se servir et de revendre les produits. Les mauvaises langues diront que c’est par souci de loyale concurrence, et d’autres penseront à juste titre que c’est encore une fois par respect sanitaire de la société.
A partir de là, comment est-il envisageable de pouvoir faire la différence entre une personne de bonne foi, se servant pour nourrir sa famille en détresse, comme c’est vraisemblablement le cas pour Kader, et une personne dont la seule intention est de tirer profit d’un produit qui ne devrait plus être sur le marché ? Je chercherais bien le pourcentage de personnes prises en flagrant délit d’infractions mineures  avouant les faits de manière immédiate, mais ce serait pousser le bouchon. Tout ça pour dire que même si une présomption pèse, que Kader ait une famille, un salaire minimum, le règlement intérieur s’applique, car le risque ne peut pas être écarté.

De la décision de Monoprix de la mise à pied.

Pour moi, c’est le seul véritable volet qui puisse être critiqué dans l’histoire. Car effectivement, nous avons déjà vu des personnes faire bien pire dans le cadre de leur travail, et s’en tirer avec un simple avertissement, comme nous avons déjà vu des grandes chaînes de distribution plus clémentes. Le seul abus résiderait, il me semble, dans cette décision, qui n’est pas proportionnelle à la gravité des faits et au manquement au règlement en vigueur.

Simple petit détail ? Écueil impardonnable.

À Paris, on voit de tout. C’est ça l’avantage. Non pas que je croie à une plus forte mixité culturelle et stylistique dans la capitale, c’est simplement de la démographie. Cependant, le parisien moderne se veut l’illustration vivante, voire parfois même l’élite: il se prend, consciemment ou non, pour le support inconditionnel de la mode. Oui, c’est pénible, je sais. Il tente, par fierté ou par choix presque personnel, de définir une ligne de conduite, caractérisée par ce qui me parait être un acharnement frénétique pour le « mieux sapé ».
Alors oui, on voit de tout: des merveilles, comme des atrocités de compétition – je ne prétends pas être magnifique: juste m’y connaitre. Mais peut-on vraiment parler de juste milieu ?

Le bienséant vestimentaire est une science qui ne permet hélas aucune erreur (je suis moi-même le premier à en souffrir), et encore moins de l’à peu près. On ne triche pas avec le style: faire semblant ou à moitié est visuellement pire que de ne pas faire. C’est un milieu hostile, dangereux, et si l’on n’est pas sûr de soi et de ses références, il vaut mieux s’abstenir. Pour peu qu’un regard avisé se pose sur votre paire de chaussettes blanches qui trahit votre désinvolture, le troisième, voire quatrième bouton ouvert de votre chemise, qui a du mal à cacher votre coté macho italien, ou encore sur le col de votre costume, relevé, signe symptomatique de manque d’habitude (mais surtout de raffinement, au passage!)… Et c’est la crise: plus rien ne va. Un simple faux raccord peut faire de vous un condamné, alors qu’un tout moins exposé, et logiquement, moins risqué, fera de vous un relaxé.

Nous nous retrouvons enfermés dans une bulle marketing monstrueuse, mais il n’y a là rien de nouveau. On veut bien nous faire croire que la mode, c’est l’affaire de tous, qu’il n’est question que d’imagination et de libre arbitre. Il y a aussi un peu de commercial dans l’histoire: nos vêtements nous vendent. Et de nos jours mieux qu’un long discours, que des fleurs, ou un argument bien choisi. Ou encore mieux: le parisien, le juré, moi, l’accusé, et mes fringues, la plaidoirie.
Mais finalement la mode n’est ni un art, ni un passe-temps, ni une passion: c’est un challenge. Non pas de celui qui marquera le plus de points, mais de celui qui en perdra le moins. Je ne renie pas la créativité, l’infini, le positif: je réclame l’humanité.
C’est en partie pour ça que je prône la non prise de risque. Deux alternatives sont alors possibles. Primo: adopter une indifférence suffisante pour ne pas avoir l’air d’un faux expert. Un refus exprimé de suivre les courants les plus dérisoires (quand même, s’il vous plait, un petit effort) peut vous épargner d’un long calvaire. Jouer la carte du désintérêt (partiel, j’insiste) peut alors rapporter gros. J’aurais mieux fait de faire un ourlet à mon jean? J’étais pas au courant, c’est si important que ça? Deuzio: opter pour la sobriété et l’efficacité. Le col roulé en automne, quoi de plus naturel, après tout. Dans les deux cas, les risques sont minimisés.


Sinon, pour les autres: assumer, jusqu’au bout.


La salle de consommation de drogue supervisée? 4è étage, juste après le service cardio.

Petite interview fraîchement pondue sur Lemonde.fr cet après midi.

Dans la salle de consommation de drogues supervisée de Bilbao (Espagne), tout le matériel est fourni sur place pour des raisons d'hygiène.

Après plusieurs mois d’auditions d’experts médico-sociaux, de juristes et la visite de deux salles de consommation de drogue supervisée à Bilbao (Espagne) et Genève (Suisse) , l’association Elus, santé publique et territoires (ESPT), qui regroupe des élus de gauche comme de droite, rend publics, vendredi 24 septembre, les résultats de son enquête.

Après le débat virulent qui a éclaté sur le sujet cet été en France, divisant particulièrement au sein de l’UMP (édition abonnés), les élus d’ESPT plaident pour l’ouverture de ces salles en France et publient une série de recommandations dans ce but, explique le Dr Laurent El Ghozi, président de l’association ESPT et conseiller municipal PS à Nanterre (Hauts-de-Seine).

A quelles conclusions est arrivée votre association, après avoir enquêté sur la prise en charge des toxicomanes ?

Laurent El Ghozi : Il faut évidemment aider les toxicomanes. Les centres d’injection sont des outils, qui ont déjà fait, hors de France, la preuve de leur efficacité. L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en a apporté la preuve dans un rapport publié cet été. Offrir aux toxicomanes de bonnes conditions d’hygiène à leur pratique est un préalable indispensable pour obtenir une réduction des risques (overdose, sida, hépatite…) liés à leurs pratiques. C’est également le moyen d’ouvrir une porte de sortie de la toxicomanie. C’est un long processus qui commence par un accompagnement de la prise de drogue puis, éventuellement, la prise de produits de substitution, qui peut mettre un terme à l’addiction.

Évidemment, ce genre d’établissement ne peut ouvrir sans le soutien des collectivités locales. Il est nécessaire de consulter les élus et d’obtenir leur accord. En ce qui concerne le voisinage, l’expérience montre que les centres servent à pacifier les relations entre les habitants et les usagers de drogues. Moins de bagarres, moins de seringues qui traînent par terre, un environnement plus sain. Enfin, à chaque centre est attaché un régulateur. C’est une personne chargée de faire le lien entre les usagers et les voisins du centre, un interlocuteur privilégié, qui s’attache à faire corriger les éventuelles incivilités et permet de trouver des réponses sans faire intervenir la police. Les salles d’injection sont des outils de pacification.

L’ouverture de salles d’injection semble dépasser les clivages politiques. Quels sont les arguments avancés de part et d’autre ?

Il existe deux points de vue sur la création de salles d’injection. Il y a d’abord l’analyse pragmatique : c’est celle des soignants, qui assistent à la souffrance des hommes et des femmes qui sont enchaînés à leur addiction, et des élus locaux, qui ont le devoir de prendre en compte les problèmes de voisinage liés à la mise en place de ce type de centres. Ces deux catégories sont à la recherche des solutions qui répondront à ce problème de santé publique.

Il y a ensuite ceux qui ont une vision juridique, voire idéologique. Selon eux, la loi est la loi et il n’y a pas à en démordre. Etienne Apaire (président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) fait partie de ceux qui suivent cette ligne.

Oh, le sujet brûlant. Depuis 2009, nombreux ont été les hommes politiques à avoir donné leur avis sur la question, et parfois malgré eux, entraînés par une sollicitation chevronnée. Roselyne, dans un élan de sagesse, conseilla dès 2009 d’analyser cette alternative: après tout, c’est son boulot. Et finalement, pourquoi pas: toutes les propositions méritent d’êtres traitées, surtout si elles paraissent offrir une finalité alléchante. Politiquement.
Le gouvernement français, par expérience, se garde bien de mêler santé et politique: ça ne fait pas bon ménage. Mais il leur est difficile d’avouer qu’ici, il n’y a pas le choix. Difficile et simple à la fois: une telle mise en place nécessiterait impérativement une légifération colossale, due à la condamnation juridique systématique de la drogue en France. D’autre part, le débat idéologique est lui aussi ouvert: peut-on considérer que pour poursuivre une noble cause, il faille admettre un tel écart dans les valeurs traditionnelles françaises? Car la France, juste après être le pays des Droits de l’Homme, est aussi le pays aux mœurs bien établis, aux principes immuables et au système pénal qui veille au respect de ces deux derniers. Et il est normal que face à cette politique de rigueur, un tel phénomène se développant à nos frontières nous reste en travers de la gorge. Mais le passage sous silence est-il cependant justifié et légitimé par notre patrimoine étique, alors qu’il est ici question de santé, de patients souffrants, et de possible solution?

Pour moi, effectivement, la loi est la loi. Nous parlons de drogue, quelle que soit la thématique dans laquelle elle s’enrobe. Sans vouloir rentrer dans des détails pompeux, accéder à cette requête serait abandonner le peu qu’il nous reste d’Etat de droit dans ce pays: le gouvernement ne peut pas à la fois interdire la consommation de drogue tout en cautionnant le rassasiement des plus vulnérables. Une reforme juridique s’impose donc, pour introduire une éventuelle exception au principe.
Et puis, je ne suis pas sûr que le contribuable français accepterait une telle ironie: payer sa dose au camé. Okay, okay, pardon, c’est un malade sur qui tous les autres modes de soin ont été inefficaces (et puis d’abord, qu’est-ce qui nous le prouve?). Il n’en reste pas moins que c’est foncièrement vrai.
Et de manière plus pragmatique, On ne peut pas avec la main gauche détruire ce que l’on s’efforce de faire régner de la main droite. Mais a fortiori, un tel projet, aux vues des problématiques qu’il soulève, mériterait d’être étudié. Ne serait-ce que pour faire bonne figure. Et puis, il faut dire qu’en France, la drogue est un sujet de moins en moins tabou, et même presque à la mode. On dit merci Daniel Vaillant!
« Mais si ça marche en Espagne et en Suisse, je vois pas pourquoi ça marcherait pas en France! ». Parce que qui dit pays dit… identité nationale. AH LES MOTS INTERDITS. Et en tant que bon français coincé du cul: « la drogue c’est mal, point final ».